TAMAGOSHI est à vendre ou à louer pour la Saison 2010, FOR SALE or FOR RENT

mercredi 23 septembre 2009

UNE PREMIERE ETAPE DE MONTAGNE

photo Yann Riou
Photo Christian Mautalun

Voilà, 3 jours après l'arrivée, j'attéris doucement à Madères encore un peu animée de l'adrénaline développée ces derniers jours. Cela donne concrètement une certaine euphorie, des soirées animées, des récits enflammés et quelques regrets égrenés dans la conversation.

Dimanche 13 septembre 10h, je suis à 2 doigts de craquer émotionnelle. La petite équipe qui m'entoure a compris et Alex, préparateur de Tamagoshi pour cette dernière semaine, garde difficilement son calme. Mais je retourne vite à la réalité en réalisant que j'ai failli rater l'heure limite d'émargement (signature obligatoire du registre de départ en course)
Départ du ponton extraordinaire, sous les acclamations de la foule que je salue telle une rock star, tractés par le zod de Julian et Aymeric, les adorables rochelais qui m'ont tant aidé pour améliorer les travaux sur le bateau (agrandissement de la descente, réalisation d'une nouvelle trape et d'une casquette de protection)
Nous voilà tous les 84 lâchés sur l'eau en solitaire dans l'arène du perthuis breton, en attente du signal de départ.
Grand soleil mais vent instable et relativement fort. J'assure le coup en prenant 2 ris dans la grand voile. Dommage pour les auto collants de "Soufflez dans mes voiles" mais bon...
Sécurité avant tout ! La vedette Inter Ile m'accompagne en hurlant "Caroline" et des mots d'encouragement, c'est génial, j'ai le temps d'apercevoir les visages, connus ou non plein d'enthousiasme.
Top départ, je suis un peu en retrait mais pas si mal placée. Mais les 2 ris dans la voile pénalisent un peu ma vitesse et le cap. Ce n'est pas le plus grave. La bouée de dégagement se profile devant l'étrave et je m'étonne un peu de voir d'autres concurrents continuer leur route vers la côte mais bon. Voilà c'est passé, quel spi envoyer maintenant ? petite hésitation. Puis j'entends le comité de course très clairement annoncer qu'ils n'ont encore vu personne passer la bouée de dégagement.
Gloups fatale erreur de bouée ! La moitié de la flotte doit ranger le spi reborder les voiles et retourner à la cote pour réparer la bêtise.
Pas bon ça, compte tenu des conditions.
Bon c'est pas grave je répare vite fait, mais le vent est tombé un peu et j'attaque la course complètement sous toilée avec mon spi arisé.
Je renvois vite de la toile mais la suite va s'avérer une délicate gestion du vent, des vagues et du stress.
Pendant 3 jours, le jeu consiste à ménager la chèvre, le choux, la crémière et le beurre et... le bateau.
Première nuit de course, tout s'est bien passé jusque là, j'ai renvoyé puis réduis progressivement de la toile. Mais je commets une erreur de débutante sur l'affalage de mon Code 5 (le plus petit spi) qui me coute beaucoup de temps et surtout de l'énergie. toute la fatigue accumulée avant le départ me retombe dessus d'un coup...
le lendemain, la course poursuite continue je suis 21e en proto et derrière pas mal (trop!) de bateaux de série.
2e nuit de course assez mitigée, j'ai décidément du mal à trouver mon rythme de sommeil, repos et alimentation. On est un peu sur la corde raide, pas évident de se détendre et de gérer entre les surfs sous spi (les vitesses atteignent en permanence 10/12 nds avec des pointes à 15) et l'absolu nécessité de préserver le matériel, en particulier dans une mer pouvant provoquer des arrêts 'buffets' fatals pour le mât, ou le bout dehors et les voiles.
Mardi : Nous arrivons au délicat passage de la pointe espagnole. Curieusement, le vent est moins fort qu'annoncé sur la zone et je suis même obligée d'empanner pour retrouver plus de pression. Mais le grand spi n'est plus ressorti depuis le départ et le jeu consiste à balancer entre le Medium (70m²) le ris dans le spi (55m²) et le code 5 (38m²
Pour autant, je passe la 3e nuit sous 2 ris et solent, dans une mer assez mauvaise et 30 nds. J'ai entendu à la VHF les copains en proto devant qui gèrent leur course comme la mienne.
Avant la tombée de la nuit, j'aperçois dans les lueurs du soir et de la mer qui bouillonne un bateau à sec de toile, c'est Amaury François sur Groupe Qualité un pogo 2. Voiles ferlées, attitude stoïque, l'air en pleine reflexion je lui crie ma question "que t'arrive-t-il ? " il me brandit l'un de ses safrans arraché ! Et me fais signe de continuer, tout va bien à bord. Je compatis sincèrement à son malheur....
A cette occasion, je m'aperçois que la VHF a cessé de fonctionner ce soir là et je continuerai ma route sans plus voir ni entendre de bateau avant le dimanche de l'arrivée. Comme quoi, il faut être sûr de supporter la solitude car la course au contact des premiers jours s'est vite transformée en traversée du désert.
Pas trop de problème pour moi, j'ai quand même des contacts avec l'extérieur grace à ma radio BLU grandes ondes qui me permet de recevoir les bulletins météos envoyés par la direction de course et les classements des concurrents (via une indication de distance au but)
C'est ainsi que j'apprends ma belle remontée au classement, jusqu'à la 13e place qui s'explique par un choix de route au plus près de l'orthodromie. Tout droit, tout direct comme on a dit avec Seb. Mais la suite va s'avérer plus délicate.

Jeudi, une super matinée de surfs, puis le vent rentre au Nord Ouest, je me retrouve à une allure un peu serrée sur la route. C'est un peu la résurrection, l'impression de souffler un peu... je m'offre un bon repas à base de vraie viande et purée, une douche afin de vider mes bidons en pensant l'arrivée proche.
Mais le vent mollit petit à petit, et mon calvaire ne fait que commencer à ce stade.
Pendant 2 jours, la molle, la pétole, le marasme, envahit le plan d'eau et il faut de battre pour la moindre risée, faire des tours sur soit même, envoyer et affaler les voiles, c'est usant. Le plus dur c'est d'entendre les classements et la perte de toute mon avance. J'ai pu analyser le tracé et il s'avère que nous étions les plus à l'Ouest de la flotte. et le paquet a "fait la cuillère" par l'Est, bénéficiant, malgré des conditions également bien mollassonnes, d'un pouillème de noeuds supplémentaires. L'anticyclone des Açores étendaient ses tentacules jusque dans notre zone de navigation et j'ai surement sous estimé son déplacement.
Cruelle désillusion lorsque je me réveille dimanche matin entourée par les spis de mes poursuivants !!!
Le vent se maintient jusqu'au soir, et dimanche est aussi le jour de mon arrivée à Funchal. C'est une belle sensation d'apercevoir la terre dès le matin. Arrivée vers minuit je peux enfin souffler et savourer la joie, malgré ma petite déception de ces jours sans vent. C'est le jeu !
Une fois franchie la ligne, c'est la délivrance, et l'on retrouve tous les amis dont les arrivées se sont étalées dans la journée.
RDV au seul bistrot ouvert pour refaire le match et savourer les yeux luisant de bonheur notre belle course sous haute tension. NOUS Y SOMMES, NOUS l'AVONS FAIT !
Le premier proto, skippé par Bertrand Delesne, ayant lui franchit la ligne la veille à midi, il prend une sérieuse option sur le classement final ainsi que les 5 premiers. Ensuite les écarts se creusent les places vont être difficiles à gagner. Entre la 10e et 20e place, tout reste possible car les écarts peuvent se compenser lors de la 2e étape, beaucoup plus longue et génératrice de retards exponentiels.
Côté matériel , j'ai perdu pas mal de bricoles 2 : bailles à spi, la VHF à changer, chandelier arraché etc. ce qui va me couter encore un sacré budget....
Bilan bricolage en mer, je suis passée près de la correctionnelle deux fois, l'une pour une histoire de support de pilote cassé (bricolage en plusieurs tome mais finalement bien efficace) l'autre en rattrapant in extremis mon axe de bôme dévissé. Ce qui aurait été compliqué à vivre le cas échéant.
Mais tout ceci n'est rien à côté des récits entendus à l'arrivée : puits de quille arraché, rails de mât décollés, voiles déchirées, bout dehors cassés en 3 morceaux.

Lucky me :-)

Voilà, pour le moment, nous profitons tous de l'escale, les lessives sont faites, les job lists aussi car il fallait lancer les travaux rapidement et se faire rapatrier du matériel de France. Mais nous profitons bien des soirées. Et ce WE, à nous les montagnes de Funchal !!!
Départ de la seconde étape le 3 octobre. Cela nous laisse du temps.

Podorange est arrivé lendemain de la mienne, et ce fut des retrouvailles émouvantes avec Hervé et son équipage haut en couleur. Gilles et Max, les 2 amis handicapés embarqués ont super bien vécu et apprécié leur traversée.

A bientôt pour d'autres nouvelles.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Bravo Caro, on pense fort à toi, on est avec toi....
On attend avec impatience d'autres nouvelles après le 03 Octobre!
Bises.

Les Tati

Nicolas a dit…

Coucou Caroline. Très belle course, dommage que l'anticyclone ait été trop puissant pour l'arrivée. Mais le principal est d'arriver et de jouer les places entre 10 et 15 ok ?
Bon courage.
A bientôt,
Nicolas

Ladombe_Lucien a dit…

Merci d'avoir pris le temps de nous décrire la première étape.
La deuxième étape commence mal, je crois. Il va falloir serrer les dents pour trouver les ressources nécessaire pour continuer.
Hozro253

Zdenka a dit…

Merci pour le post! Vous ete magnifiquie!